Discours d'ouverture du congrès de Michel PICON, Président de l’UNAPL

 

Monsieur le Haut-commissaire à la réforme des retraites,

Monsieur le Président de l’U2P Cher Alain,

Monsieur le Président de la Capeb cher Patrick Liebus Vice-Président de L’U2P

Mon cher ami et prédécesseur Michel Chassang,

Mesdames, messieurs les Présidents d’organisations membres de l’UNAPL,

Mesdames, messieurs les Présidents d’UNAPL régionales,

Mesdames, messieurs les Présidents d’UNAPL départementales,

Mesdames, Messieurs, mes chers amis,

 

Je tiens à vous remercier de votre fidélité au Congrès national des professions libérales.

Vous avez fait l’effort, malgré les circonstances, d’être présents, et cela nous réchauffe le cœur.

Très franchement, nous nous sommes posé la question du report, en raison du mouvement social et de la grève des transports.

Puis, nous avons consulté nos archives.

En 2014, nous avions vécu une grève de transports similaire à celle-ci. Les professionnels libéraux s’étaient alors organisés pour faire, malgré tout, le déplacement et vous étiez là.

L’an dernier, vous vous souvenez peut-être des images choquantes qui avaient été diffusées par les médias. Lors des manifestations Gilets jaunes, le Palais Brongniart avait été ravagé, cinq jours avant notre congrès. Et, malgré une ambiance générale très tendue dans notre pays, avec des affrontements à Paris, l’an dernier aussi vous étiez là.

C’est pourquoi notre devoir, à nous, UNAPL, était d’être présents pour vous, aujourd’hui, afin d’honorer notre rendez-vous national des professions libérales.

C’est d’ailleurs notre vocation d’être présents, parce que nous savons que, quels que soient les événements, -sociaux ou climatiques-, les professionnels libéraux sont toujours présents pour tous les Français qu’ils accompagnent, soignent et conseillent au quotidien, tant en se déplaçant à leur domicile qu’en les accueillant dans leurs cabinets, dans leurs officines, leurs laboratoires et agences. Les professionnels libéraux sont là et toujours là.

Néanmoins, nous avons réaménagé le programme du congrès pour que vous puissiez repartir un peu plus tôt en fin d’après-midi.

Merci encore une fois pour votre présence.

Merci aussi à nos partenaires d’être à nos côtés pour l’organisation de cet événement.

Le Congrès national des professions libérales est la seule manifestation nationale qui s’adresse à l’ensemble des professionnels libéraux du Droit, de la Santé, des Techniques et du Cadre de vie.

Vous avez ce matin participé à nos travaux, que nous avons regroupés en trois ateliers. Ces ateliers du début de matinée vous ont permis de découvrir les enjeux des professions libérales pour les prochains mois, à travers les dossiers que nous traitons.

Qu’il s’agisse d’Europe, d’affaires sociales, de numérique, de prévoyance ou de fiscalité, vous aurez remarqué que le fil d’Ariane de ces dossiers tient au respect des spécificités des professions libérales.

Nos spécificités.

  • Vous avez réfléchi aux nouvelles formes de travail des professionnels, comment y faire face, comment nous y préparer.
  • Vous avez mesuré les conséquences et les perspectives de la Loi Pacte en matière de retraite.
  • Enfin vous vous êtes interrogé pour apprécier si les valeurs des professionnels libéraux français étaient exportables partout en en Europe.

Merci à tous nos intervenants qui ont accompagné vos réflexions par la qualité de leurs interventions.

Nous aurons ce matin une table ronde sur la réforme des retraites, un thème d’actualité incontournable pour une réforme de tous les dangers pour les professionnels libéraux. Puis cet après midi nous assisterons à une deuxième table ronde qui traitera des valeurs qui font la valeur des professionnels libéraux.

Mais avant d’ouvrir les travaux de notre congrès je souhaite qu’Alain Griset Président de l’U2P qui nous fait l’amitié de sa présence puisse nous dire quelques mots.

 

 

Monsieur le Haut-commissaire à la réforme des retraites,

Monsieur le Président de l’U2P Cher Alain Griset,

Monsieur le Président de la Capeb cher Patrick Liebus Vice-Président de L’U2P

Mon cher ami et prédécesseur Michel Chassang Président d’honneur de l’UNAPL

Mesdames, messieurs les Présidents d’organisations membres de l’UNAPL,

Mesdames, messieurs les Présidents d’UNAPL régionales,

Mesdames, messieurs les Présidents d’UNAPL départementales,

Mesdames, Messieurs, mes chers amis,

 

Dans un contexte de réforme des retraites, et alors que le Gouvernement semble oublier qu’il pourrait faciliter l’activité de nos TPE libérales, nous avons choisi de placer notre congrès sous le signe de nos spécificités.

En matière de dialogue social, c’est bien pour défendre nos spécificités que nous travaillons actuellement sur différentes hypothèses autour de la création d’une branche unique des professions libérales dans le cadre de la restructuration des branches.

De même, si nous avons croisé le fer avec Bercy sur le sujet de la reconduction de la prime Macron dans le cadre du PLFSS 2020, ce n’est pas pour nous opposer au développement des accords d’intéressements. C’est tout simplement parce que ce type d’accord ne correspond pas à nos spécificités, à nos petites entreprises.

Il est certes facile de mettre en place un accord d’intéressement dans les grands groupes avec le soutien d’un DRH mais c’est beaucoup trop complexe à mettre en œuvre dans nos TPE.

Nous avons presque été entendu au parlement, totalement compris au sénat, mais l’intransigeance du gouvernement et du ministre des finances qui n’aime pas les petites entreprises ont conditionné finalement la reconduction de la prime exceptionnelle exonérée de cotisations sociales pour les entreprises et défiscalisée pour les salariés à un accord d’intéressement qui revient à exclure les 3 millions de salariés.

C’est une injustice qui nous indigne. Je regrette que le ministère des Finances persiste, à travers cette mesure, à négliger une nouvelle fois le dynamisme des TPE libérales au sein de nos territoires.

Avec la réforme de la formation professionnelle engagée par la ministre du travail, nous avons, nous professionnels libéraux, perdu notre OPCA ACTALIANS. Avec l’U2P nous avons tenté de résister en construisant l’OPCO EP (Entreprise de proximité) qui  est désormais sur les rails.

Le travail que nous avions engagé avec nos amis de l’U2P nous a permis de maintenir globalement la cohésion des professions libérales, et de mener ce dossier en ayant toujours en ligne de mire la préservation de nos spécificités dans l’intérêt de nos entreprises et de leurs salariés.

Merci à Philippe GAERTNER Vice-Président de l’OPCO EP pour son travail et celui de toutes les équipes qui l’entourent. Il nous a permis de garantir la continuité de service et les prises en charge des formations de nos collaborateurs

Mais là encore que d’embûches, de contraintes semées par le gouvernement.

Aujourd’hui, car ce n’est pas fini, le Gouvernement semble vouloir engager une nouvelle étape dans la réforme de la formation professionnelle en s’attaquant aux fonds de formation patronaux des indépendants. Concrètement, il s’agirait de regrouper tous les organismes de formations des indépendants ou à minima les faire disparaitre.

Notre excellent FIF PL est menacé, il pourrait être englouti dans un énième projet, un nouveau big bang, qui dynamite tout ce que nous avons construit sans se préoccuper de savoir si nous sommes d’accord.

Je le dis très clairement, Le FIF PL a été fondé par l’UNAPL. Les missions qu’il assume correspondent parfaitement aux attentes et aux missions que nous lui avons assignées. Il ne coûte pas un centime aux contribuables, il est parfaitement bien géré.  Ses comptes sont à l’équilibre. Nous ne voyons pas pourquoi il serait question de le démanteler, de le détruire.

Comme je l’ai dit il y a quelques jours au premier Ministre en votre présence Monsieur le Haut-commissaire, les professionnels libéraux en ont marre de toutes ces agressions, nous ne méritons pas cela, nous contribuons aux budgets de la nation. Bien plus que les grandes Entreprises, nous créons de l’emploi partout dans les territoires, de l’emploi qualifié non délocalisable, nous ne demandons rien ni aide, ni contribution.

Et pourtant les professions du droit sont étrillées par une réforme de la justice qui ne respecte pas leurs spécificités, leurs besoins et les besoins des justiciables.

Une loi pacte qui détruit jusqu’à 30 % de l’activité de nombreux professionnels du chiffre, experts comptables et commissaires aux comptes.

Une loi santé qui outre le dessein de dresser les professionnels de santé les uns contre les autres ne répond pas aux besoins des patients et des professionnels de santé dans les territoires.

Mais qu’avons-nous donc fait à ce gouvernement pour que chaque jour il s’en prenne aux professions libérales ?

Et dans ce contexte arrive la réforme des retraites que vous portez Monsieur le haut- commissaire à bout de bras avec, je vous en donne acte des convictions, chevillées au corps, des qualités humaines que tous vous reconnaissent, mais pour les professionnels libéraux votre fort quotient de sympathie ne suffit pas.

Notre approche c’est la préservation de nos spécificités, déjà le concept d'Universalité nous impose d’être vigilants.

L’UNAPL, vous le savez, a fait le choix du dialogue dès la mise en route de cette réforme.

Nous vous avons exprimé depuis bientôt 20 mois nos lignes rouges. Vous avez, je vous le concède, cherché à rendre compatible votre projet avec la situation spécifique des professionnels libéraux, vous avez fait des efforts mais le compte n’y est toujours pas.

Je dois vous dire qu’aujourd’hui à la veille de clôturer nos échanges, les professionnels libéraux dans leur grande majorité n’acceptent pas le projet de réforme des retraites qui doit préfigurer l’écriture d’une loi organique portant sur la réforme des retraites.

Ce projet suscite de fortes inquiétudes et soulève la colère d’une grande partie d’entre nous. Nous redoutons d’être les sacrifiés de cette réforme.

Je rappelle, car ce n’est pas inutile, que les régimes autonomes des professionnels libéraux - nos onze caisses complémentaires - sont non seulement à l’équilibre, mais qu’elles contribuent largement à la solidarité envers les autres régimes. Nous versons plus de 800 millions chaque année à la solidarité.

Les professionnels libéraux n’acceptent pas d’être sacrifiés pour justifier une réforme qui vise, en premier lieu, les régimes spéciaux, les régimes des fonctionnaires, des agents de la fonction territoriale et quelques autres…. Et qui s’en sortiraient par la pression de la rue ou une clause de grand père ou du petit fils ou de je ne sais quel cousin.

Je le dis très clairement, le Gouvernement devra trouver de bons arguments et avancer des garanties solides pour convaincre les professionnels libéraux qu’ils ont intérêt à rejoindre le régime universel.

Les professionnels libéraux n’acceptent pas de voir leurs cotisations augmenter dans des proportions plus fortes que l’augmentation de leurs droits à pension lorsqu’ils comparent le projet de régime Universel à leur régime actuel.

De même d’autres professions libérales n’acceptent pas non plus de voir leurs cotisations baisser dans des proportions moins fortes que la baisse de leurs droits à pensions.

Qui accepterait de payer plus pour avoir moins ?

Comment concilier les carrières longues de nos amis artisans et les carrières courtes de nos médecins si leurs taux de cotisations sont identiques ?

Il y a tellement d’incompatibilité que nous ne croyons plus à la possibilité pour nous professionnels libéraux d’entrer dans ce régime Universel sans dommages importants pour nos professions, notre économie, notre attractivité, nos spécificités.

Et puis il y a nos réserves qui nous permettent si besoin d’amortir dans le temps long les impacts sur nos caisses des évolutions démographiques.

Au nom de quelle raison devrions-nous accepter de voir nos réserves englouties aux bénéfices d’un régime unique étatique qui mêle les prévoyants et les imprévoyants ?

Enfin qu’en sera-t-il de la gouvernance de ce futur régime qui sera au fond complètement transférée à l’état ?

Une gouvernance dans laquelle nous n’imaginons pas un instant que les professionnels libéraux ne soient pas présents et ce au plus haut de la structure de gouvernance. Sur ce point rien n’est écrit, rien n’est garanti.

Chaque jour chacun d’entre nous se dit en se remémorant notre cher Molière « mais qu’allons- nous faire dans cette galère ? »

Je sais Monsieur le Haut-commissaire que vous êtes attentif à tout cela, nous avons tellement échangé ensemble mais pouvez-vous l’impossible….

Si par moment eu égard à vos qualités humaines et à l’attention que vous portez à tous nous voudrions vous faire confiance, comment faire confiance à un gouvernement qui depuis sa formation n’a de cesse de détruire tout ce que les professionnels libéraux ont construits.

Vous nous avez alerté sur les risques et les bouleversements que beaucoup de nos professions libérales, nos caisses professionnelles vont connaitre par les évolutions technologiques et par l’intelligence artificielle.

Le ministre des finances a même annoncé sur France Inter dimanche dernier que nous, professionnels libéraux, allions disparaitre sacrifiés sur l’autel des évolutions sociétales et technologiques et que nous irions alors pleurnicher auprès de son ministère pour être sauvés. C’est consternant et ce n’est pas à la hauteur du débat.

Si nous craignons une disparition prochaine c’est surtout à cause du harcèlement du Ministère des finances et du poids des impôts qui pèsent sur les libéraux qui exercent pour la plupart en nom propre.

Evidemment que toutes les évolutions sociétales, technologiques vont transformer nos activités, mais elles vont surtout nous aider à être plus performants toujours plus et mieux au service de nos patients, de nos clients.

Non nous ne disparaitrons pas, l’humain, les métiers de la vie qui soignent, soulagent, comprennent, conseillent et défendent nos concitoyens sont indispensables, ils sont des piliers essentiels qui soutiennent notre société.

Et si des emplois, des activités, devaient être détruits ils le seraient tout autant avec un régime universel, qui même plus largement mutualisé, subiraient les mêmes difficultés.

Pour notre congrès dans ce moment anxiogène nous avons tenu, au lendemain des grandes manifestations nationales contre la réforme des retraites, à proposer une table ronde sur cette réforme.

Je vous remercie très sincèrement Monsieur le Haut-Commissaire d’avoir accepté notre invitation à participer à nos échanges.

Nous souhaitons que ce débat soit éclairant et permette à chacun de bien mesurer les enjeux qui se trouvent devant nous, à la fois en termes de solidarité nationale et d’équité, mais aussi au regard de notre condition de professionnels libéraux, de nos spécificités auxquelles vous l’avez compris nous sommes farouchement attachés.

Je souhaite que ce débat, au cours duquel la parole sera donnée aux intervenants et aussi à vous, qui vous trouvez dans la salle, se déroule dans des conditions de respect et d’écoute mutuelle.

Nous sommes parfois en colère mais cela n’exclut en rien la courtoisie, l’écoute et le respect.

Merci cher Yves Thréard pour votre présence et votre précieux concours.

Mesdames, messieurs, mes chers amis, je vous remercie de votre attention et vous souhaite, à toutes et à tous, un excellent congrès.